État-Unis, consommation d’opiacé et prise en charge de la douleur :

En Virginie, une loi favorise le recours aux thérapies alternatives telles que la chiropraxie.

Le 7 juin 2018, en Virginie Occidentale, une nouvelle loi entre en vigueur afin de lutter contre la consommation dramatique d’opiacés dans l’état. Les prescriptions sont désormais très encadrées. Les médecins sont fortement incités à faire appel aux « thérapies alternatives ». En effet, la chiropraxie ou la kinésithérapie sont plébiscitées pour les patients atteints de douleur. Cette décision majeure est renforcée par l’obligation imposée aux assureurs agréés dans l’état de prendre en charge 20 visites de ces mêmes « thérapies alternatives », y compris sans prescription médicale préalable.

Pour aller plus loin : Mitchell – Régulation des opiacés en Virginie

L’addiction aux opiacés, un fléau croissant en Amérique

On estime aujourd’hui que 2 millions d’américains seraient dépendants aux opiacés. Ils auraient en outre tué plus de 300 000 personnes en 15 ans et 42 000 personnes en une année, en 2016. Ce phénomène ne cesse d’ailleurs d’empirer, comme le confirme le CDC -Centers for Disease Control and Prevention-. Les services d’urgence de 45 états révèlent que les suspicions de surdoses d’opioïdes ont augmenté de 30% aux États-Unis entre juillet 2016 et septembre 2017. Avec un taux d’overdoses mortelles de 41,5 pour 100 000 habitants, la Virginie-Occidentale était de loin l’État le plus touché des États-Unis. 780 millions de pilules d’opiacés (oxycodone et hydrocodone) ont été écoulées entre 2007 et 2012 à travers le pays.

Pour aller plus loin : CDC – L’Urgence liée aux opiacés

Des drogues dures, mais légales

Fentanyl, Percocet, OxyContin, Dilaudid, morphine…. Tels sont les noms des médicaments que les grands groupes pharmaceutiques ont promus en masse au début des années 90. Il assuraient à l’époque aux médecins américains qu’ils ne provoquaient pas d’addiction. Très rapidement, les conséquences néfastes de leur usage se sont avérées, avec en premier lieu le nombre d’overdoses médicamenteuses, constatées par les services d’urgence. Les opiacés ont vite montré leur dangerosité. En effet, 20 à 30% de patients ne les prennent pas correctement et plus de 10% d’entre eux développent une addiction. Pour autant, la machine à broyer s’emballe et les dégâts ne cessent de s’amplifier sur tout le continent nord-américain. Chiffre plus consternant encore, il s’avère que 80% des consommateurs d’héroïne aux USA ont préalablement pris des opiacés de synthèse.

Pour aller plus loin : Drugabuse.gov – Overdose par opiacés

Le Canada, autre victime des opiacés, recommande également la chiropraxie

Après les Etats-Unis, le Canada est le deuxième détenteur du triste palmarès de la consommation de drogues opiacées ainsi que de la mortalité afférente. En réaction, des recommandations ont été publiées en 2017 dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ). Celles-ci incitent fortement les médecins à envisager pour leurs patients des thérapies non médicamenteuses, incluant la chiropraxie, plutôt que d’avoir recours aux opiacés pour leurs patients souffrant de CNCP (chronic non cancer pain ou douleurs chroniques non liées à un cancer). Ces recommandations précisent que le recours aux opiacés ne doit pas intervenir en premier mais après avoir exploré toutes les autres options, et doit également être soigneusement dosé.

Pour aller plus loin : WFC – Canada et opiacés

En France, un danger restreint mais en hausse  

Selon les chiffres présentés au congrès de la société française de pharmacologie et de thérapeutique en 2016, quelques centaines de décès seraient liés chaque année à un opioïde médicamenteux, soit plus que les overdoses d’héroïne. Ils auraient augmenté de 128 %. Le nombre de patients hospitalisés pour overdoses aux opioïdes aurait quant à lui presque triplé en France (+161 %). Toutefois, la culture médicale française ainsi que la réglementation, beaucoup plus prudentes qu’outre atlantique, jugulent pour le moment le risque de contagion de la surconsommation létale d’opiacés.

Pour aller plus loin : Le Monde – Les opiacés en France

Des opiacés difficilement disponibles dans l’hexagone

Selon l’observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie (OFDT), la disponibilité des opiacés de synthèse sur le marché parallèle est en lien avec la quantité de prescriptions et les contrôles exercés par les caisses d’assurance maladie. La Buprénorphine Haut Dosage (BHD) est le médicament le plus accessible, la méthadone l’est proportionnellement moins, dans la mesure où elle fait l’objet de reventes plus « artisanales ». L’accès au sulfate de morphine, dont la prescription est particulièrement restreinte, est un phénomène géographiquement hétérogène et l’absence de marché de rue dans la majorité des cas limite son acquisition aux proches d’un patient le recevant par prescription.

Pour aller plus loin : OFTD – Héroïne et opiacés

 

Que sont les opiacés ?

Dérivés de l’opium, les opiacés correspondent à une substance médicamenteuse narcotique. L’opium est une substance psychotrope à base de pavot. Ainsi, les opiacés régulent la réponse à différents stimuli tels que la douleur, le stress ou encore les émotions. Le cerveau humain produit lui-même certains opiacés dits « naturels » comme les endorphines. Les opiacés synthétiques, tels que la morphine, sont souvent utilisés dans le cadre médical pour leurs propriétés analgésiques.